Nucléaire civil : le virage transactionnel de Washington face à Riyad bouscule le Moyen-Orient
En accordant à l'Arabie saoudite un accès aux technologies nucléaires civiles sans exiger au préalable une normalisation de ses relations avec Israël, l'administration Trump rompt spectaculairement avec des décennies de doctrine diplomatique américaine. Longtemps considéré comme la condition sine qua non de tout transfert technologique d'importance, le rapprochement diplomatique avec Tel-Aviv a cette fois été contourné. Ce virage stratégique suscite déjà de vives inquiétudes au sein de la communauté du renseignement et des analystes régionaux, qui redoutent le déclenchement d'une course aux armements atomiques au Moyen-Orient.
Certes, l'ancien président américain soutient que ce pacte demeure indissociable de l'adhésion de Riyad aux accords d'Abraham — lesquels ont formalisé les relations entre Israël et plusieurs monarchies du Golfe. Toutefois, le flou entretenu autour des termes exacts du texte laisse planer un doute quant aux concessions réelles obtenues de la monarchie wahhabite. Ce mouvement confirme la priorité accordée par Donald Trump au pragmatisme économique et à la consolidation de l'influence américaine face à l'offensive diplomatique chinoise dans la région, quitte à créer des frictions avec l'allié israélien.
Pour le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, le dénouement de ce dossier constitue un succès géopolitique majeur. « MBS » concrétise ainsi une ambition de longue date, centrale dans sa stratégie d'affirmation de la puissance saoudienne à l'échelle internationale. Plus largement, cet accord scelle la mutation de la politique étrangère américaine vers une logique purement transactionnelle, où les impératifs stratégiques immédiats supplantent désormais les alliances historiques du siècle dernier.