Le pari de l'IA au Japon : la technologie peut-elle compenser le coût d'une société vieillissante ?
En profondeur sous terre, la Marunouchi Heat Supply Company gère un réseau de 30 km de pipelines de chauffage et de refroidissement desservant les bureaux, les bâtiments commerciaux et les infrastructures de transport dans l'un des quartiers d'affaires les plus importants du Japon. L'entreprise mise désormais sur l'intelligence artificielle pour piloter cette infrastructure complexe, avec l'objectif de tendre vers une automatisation accrue d'ici 2027.
En collaboration avec Preferred Networks, une société d'IA basée à Tokyo, le projet utilise PlantPilot, un système d'intelligence artificielle formé à partir de données historiques d'exploitation et du savoir-faire d'ingénieurs chevronnés. En analysant les informations des capteurs et en prédisant les conditions futures, le système propose des recommandations visant à améliorer l'efficacité tout en préservant des décennies de connaissances techniques accumulées.
Pour le Japon, pays en tête du vieillissement mondial, ce projet dépasse la simple modernisation des infrastructures. Il incarne une réponse plus large à une crise démographique qui redéfinit la troisième économie mondiale.
« Notre plus grand défi est de sécuriser du personnel qualifié », a déclaré Hidetaka Yagi, directeur général adjoint du département Développement et Ingénierie chez Marunouchi. « Alors que nos travailleurs expérimentés prennent leur retraite, nous risquons de perdre un savoir-faire opérationnel précieux. L'IA peut aider à préserver cette expertise et à la transmettre à la prochaine génération. »
Le vieillissement de la population japonaise a engendré des pénuries de main-d'œuvre dans divers secteurs, de la fabrication à la logistique, en passant par l'énergie et la santé. Contrairement à d'autres pays où l'automatisation suscite des craintes de remplacement des travailleurs, le Japon positionne de plus en plus l'IA comme un partenaire – un outil pour étendre les capacités humaines plutôt que pour les éliminer.
L'expérience de Marunouchi illustre cette approche. L'objectif n'est pas d'écarter les ingénieurs des processus décisionnels, mais de combiner l'expérience humaine avec la capacité de l'IA à traiter de grandes quantités de données et à soutenir des décisions plus rapides et efficaces.
Cependant, le défi de l'IA au Japon ne se limite pas à l'amélioration des systèmes existants. Le pays cherche également à reconstruire sa position dans une course technologique mondiale où il peine à suivre le rythme des États-Unis et de la Chine.