L'ère post-Hormuz offre à l'Afrique une opportunité majeure
Alors que les perturbations du trafic dans le détroit d'Hormuz persistent, les économies africaines en subissent lourdement les conséquences, malgré leurs vastes ressources énergétiques et naturelles. Il y a quatre ans, la guerre entre la Russie et l'Ukraine avait eu un impact similaire.
Nous entrons dans ce que je qualifie d'ère post-Hormuz, une période où le système mondial n'est plus défini par un seul point de passage stratégique. L'Afrique a ainsi une occasion unique de renverser la situation et de sortir de la périphérie de la géopolitique mondiale. Plutôt que de rester un fournisseur passif de ressources et un récepteur de décisions stratégiques prises ailleurs, elle peut créer son propre contexte géopolitique. Voici comment.
Ce que redoutent les États africains
La première étape de la transformation de l'Afrique est un effort collectif pour surmonter ce que j'appelle la thalassophobie : une tendance historique des États africains à considérer la mer avant tout comme une frontière physique plutôt qu'un espace de projection économique, politique et militaire.
Pendant des décennies, l'imaginaire stratégique africain a été principalement façonné par des menaces terrestres — guerres de libération nationale, guerres civiles, insurrections, coups d'État et conflits frontaliers. La mer est restée périphérique, non seulement dans les politiques publiques mais aussi dans la culture stratégique des élites. Cet héritage explique pourquoi l'Afrique a produit une réflexion abondante sur la sécurité terrestre, mais bien moins sur la puissance maritime, l'économie bleue, les corridors océaniques et la projection navale.
L'autre problème est que les États africains hésitent souvent à assumer collectivement les coûts politiques, financiers et institutionnels d'une stratégie continentale commune, préférant des réponses nationales fragmentées à une vision intégrée de l'espace africain. Les raisons sont structurelles, et non simplement circonstancielles. La première est la primauté de la souveraineté. Les États africains ont hérité des frontières coloniales et ont fait de l'inviolabilité territoriale le principe fondateur de l'ordre post-indépendance, inscrit dans les fondations de l'Organisation de l'unité africaine créée en 1963 et de son successeur, l'Union africaine.
Cependant, une stratégie maritime commune nécessite le partage des prérogatives souveraines : juridiction sur les zones économiques exclusives, règles d'engagement, commandements conjoints, partage de renseignements sensibles.
La deuxième raison est l'hétérogénéité des intérêts. L'Afrique ne possède pas un, mais plusieurs fronts maritimes où les menaces diffèrent : piraterie et vol de pétrole brut dans le golfe de Guinée, pêche illégale et trafic dans l'océan Indien occidental, et flux migratoires en Méditerranée. Forger un agenda unique à partir de priorités aussi divergentes est une tâche ardue, et la fragmentation des approches est courante.