Questions-Réponses : Pourquoi l'aide humanitaire est cruciale pour stopper l'épidémie d'Ebola
Les conflits impliquant des groupes armés et la violence intercommunautaire ont déplacé un grand nombre de personnes, tandis que l'insécurité complique l'accès des travailleurs de la santé à de nombreuses communautés, notamment les camps de personnes déplacées internes (PDI). Les responsables affirment que le manque d'accès entrave la détection des cas, le traçage des contacts et le traitement, tandis que les communautés privées depuis longtemps de services de base restent sceptiques face à une réponse centrée sur Ebola. Al Jazeera s'entretient avec Jean Kaseya, Directeur Général des Centres Africains de Contrôle et de Prévention des Maladies (CDC), sur les défis humanitaires entravant la réponse, le déficit de financement et ce qu'il faudra pour maîtriser l'épidémie.
Al Jazeera : Quelles sont les principales priorités ?
Jean Kaseya : Nous sommes dans une région où environ un million de personnes vivent dans des camps de personnes déplacées internes. Ces personnes n'ont pas accès aux services les plus basiques et atteindre ces camps est un défi majeur. Certaines personnes venant des camps pour chercher un traitement nous disent qu'il y a beaucoup plus de cas là-bas, mais nous ne pouvons pas y accéder. Nous parlons de près de deux millions de personnes.
Al Jazeera : Vous ne pouvez pas y aller pour des raisons de sécurité ?
Jean Kaseya : Nous ne pouvons pas y aller à cause des préoccupations sécuritaires, qui sont liées non seulement aux groupes rebelles mais aussi au conflit entre les communautés Hema et Lendu. Les personnes vivant dans ces camps n'ont pas reçu de soutien humanitaire depuis très longtemps. Lorsque les travailleurs de la santé s'y rendent pour sensibiliser à Ebola, les gens demandent : "Pourquoi venez-vous maintenant ? Est-ce à cause de votre maladie ?" Ils nous disent qu'ils n'ont pas assez d'eau, de nourriture ou de médicaments pour d'autres maladies. Ils demandent à nos volontaires : "Pourquoi venez-vous ici seulement à cause d'Ebola ?" C'est une question difficile à répondre.
Al Jazeera : Vous avez récemment rencontré le Président de la République Démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, et le Président de l'Union Africaine, le Président burundais Évariste Ndayishimiye. Qu'est-il ressorti de ces réunions ?
Jean Kaseya : Nous avons rencontré les deux chefs d'État avec la task force Ebola et le ministère des affaires humanitaires. Nous avons conclu qu'il nous faut environ 1,4 milliard de dollars au cours des six prochains mois pour faire face à cette crise humanitaire si nous voulons vraiment stopper l'épidémie. Lors de notre réunion du 16 juin, nous avons reçu des promesses de dons de 910 millions de dollars, mais cela concernait uniquement la réponse sanitaire.