Moyen-Orient & Afrique
Deep Dives
Parcours d'une réfugiée soudanaise devenue directrice d'école dans un camp tchadien
En 2005 et 2006, après avoir passé ses examens nationaux, Sahra a décidé de se tourner vers l'enseignement. Elle s'est engagée bénévolement dans des salles de classe tout en poursuivant des études universitaires, se spécialisant finalement en administration éducative. Cependant, en avril 2023, la guerre entre les Forces armées soudanaises (FAS) et les Forces de soutien rapide (FSR) a bouleversé sa vie. Ce conflit a ravagé le Soudan, contraignant des millions de personnes à fuir leur foyer. Le Tchad, partageant une longue frontière avec le Soudan à l'est, a accueilli une grande partie de ces réfugiés. Sahra fait désormais partie des près d'un million de Soudanais ayant trouvé refuge au Tchad, contribuant à faire de ce pays l'un des principaux hôtes de réfugiés en Afrique.
Dans l'est du Tchad, des milliers de familles sont arrivées pour ne trouver que des terrains vagues et des arbres pour s'abriter. Pour beaucoup d'enfants, il n'y avait pas d'école où retourner. En 2024, Plan International et ses partenaires ont établi une école primaire dans un camp de réfugiés. L'école compte aujourd'hui 1 059 élèves et 30 enseignants, avec Sahra à sa tête. Les enseignants, administrateurs et travailleurs sociaux ont été recrutés au sein de la communauté réfugiée, permettant ainsi aux personnes ayant fui le Soudan de contribuer aux services pour les familles déplacées avec elles.
Le Tchad faisait déjà face à une crise éducative avant l'arrivée massive des réfugiés soudanais. Plus de deux millions de jeunes ne savent ni lire ni écrire, et selon l'UNICEF, trois élèves sur quatre dans le pays sont enseignés par des personnes dont l'éducation s'est arrêtée au niveau secondaire. L'afflux de réfugiés a accentué la pression sur un système éducatif déjà en manque de salles de classe, d'enseignants et d'infrastructures de base. Sahra, âgée de 32 ans, a fui le Soudan avec ses parents et ses trois sœurs en juin 2023 pour trouver refuge au Tchad. Elle espère pouvoir retourner chez elle lorsque la paix reviendra au Soudan. "L'analphabétisme est très dangereux", affirme Sahra. "Je veux que les enfants soient optimistes quant à l'avenir car l'éducation les protège du mariage précoce et de la violence." Pour accueillir le nombre d'élèves, l'école fonctionne en deux sessions, l'une le matin et l'autre le soir. Les cours couvrent les mathématiques, les sciences, l'histoire, la géographie, l'arabe et le français. Cependant, enseigner en exil présente ses propres défis.
⏱ Chronologie du conflit