Le rappeur marocain Mehdi El Youbi interpellé à Casablanca
Le rappeur marocain Mehdi El Youbi, connu sous le nom de scène Mehdi Black Wind, a été arrêté lundi soir à Casablanca après un interrogatoire mené par la Brigade nationale de la police judiciaire, selon un communiqué de ses proches et soutiens. "Après une journée d'interrogatoire, sa famille a été informée vers 21 heures qu'il avait été placé en garde à vue et qu'il devait comparaître devant le procureur mercredi", précise le communiqué. "D'après les dernières informations, son arrestation serait liée à ses opinions artistiques et à ses publications sur les réseaux sociaux."
Né en 1992, El Youbi est reconnu au Maroc et en Afrique du Nord pour ses chansons de rap fortement influencées par le hip-hop américain. Il s'est fait connaître au début des années 2010, en pleine période du Printemps arabe, avec des textes politiquement engagés qui ont attiré l'attention des autorités. "Quand je rentre chez moi, j'ai peur d'être arrêté ou interdit de séjour", avait-il confié au magazine français Mosaique Magazine en décembre 2025. "Beaucoup cherchent à dépolitiser l'art ou le sport, mais je crois que chaque artiste engagé, chaque militant, ou quiconque prend des risques vit entre audace et peur." Mehdi El Youbi a été arrêté au Maroc, quelques jours après s'être vu refuser le retour à Marseille, en France, où il réside depuis 2017.
Omar Radi, journaliste d'investigation et militant des droits de l'homme marocain, lui-même emprisonné par le passé pour avoir critiqué un juge, a déclaré à Al Jazeera qu'El Youbi est "le rappeur marocain le plus franc et politiquement direct". "Il y a une volonté délibérée d'étouffer toute possibilité de critique du gouvernement ou des méthodes policières, que ce soit au sein de la société civile, de la presse, dans les milieux artistiques ou parmi les supporters de football", a affirmé Radi. La détention d'El Youbi intervient au lendemain de l'arrestation du journaliste marocain Ali Lmrabet, condamnée par le Comité pour la protection des journalistes.